
A l’occasion de l’enquête publique pour de nouveaux travaux sur la RD943, l’ADTT, qui bataille de longue date pour une amélioration de la ligne TER Tours-Loches, a apporté sa contribution pour s’opposer à un nouveau projet qui fait la part belle à la voiture, alors que 3 nouveaux giratoires viennent d’y être créés, que la transition écologique se fait chaque jour plus urgente, et que la ligne TER Tours-Loches attend désespérément une véritable modernisation et une augmentation de l’offre. Voici ci–après les termes de l’avis de notre association.
CONTRIBUTION à l’enquête d’utilité publique sur la RD943
En lecture rapide, ce projet apparait comme intéressant du point de vue de la sécurité routière puisqu’il permettrait des dépassements en sécurité et éviterait les « face à face ». Des carrefours aménagés participeraient également à l’amélioration de la sécurité.
En lecture très attentive, on note que le projet présente un certain nombre d’inconvénients et qu’il sera bien loin d’améliorer la situation actuelle pour les raisons suivantes:
• Comme mentionné dans le dossier, cet aménagement aura des effets qui augmenteront le trafic et en particulier celui des poids lourds qui connaît une augmentation rapide depuis les 15 dernières années avec une augmentation de 5% en 5 ans. Il y aura donc augmentation des émissions de GES.
• Le dossier reconnait également que l’aménagement de la RD943 s’il était réalisé aurait des conséquences sur l’urbanisation des communes du linéaire entre Cormery et Loches, avec comme conséquence immédiate une augmentation du trafic.
• L’adoption de la loi LOM en 2019 devrait conduire à un changement de pratiques en termes de mobilités conduisant à un déclin de la voiture individuelle au profit d’autres modes de transport. Alors que Tours, comme toutes les métropoles, s’efforce de limiter le trafic automobile ainsi que le stationnement, on ne peut qu’être surpris de cet aménagement qui apparait « hors du temps » et agirait comme un « aspirateur à voitures et PL ».
• Ces aménagements, surtout ceux de sécurité, pourraient générer des déplacements de circulation, certains automobilistes qui préfèrent entre Loches & Tours passer par Bléré et la vallée du Cher pourraient revenir sur l’itinéraire de la RD943.
• Alors que le projet entrainera une augmentation du trafic, il n’apporte aucune amélioration de capacité et de sécurité sur la traversée de l’agglomération Truyes-Cormery et sur les 2 km urbanisés d’entrée dans la ville de Loches. Ces 2 zones qui sont systématiquement le siège de bouchons aux heures de pointe du matin et du soir seront encore plus engorgées entrainant une gêne et une pollution pour les riverains, contrairement à ce qui est affirmé dans le dossier qui imagine une amélioration du cadre de vie des riverains.
• Les 5.4 km de 2×2 voies actuellement en service en sortie du périphérique de Tours sont, malgré 2 carrefours giratoires intermédiaires, en continu avec la section médiane de 2.7 km de longueur permettent des dépassements en sécurité. • Rien à voir avec le projet, puisque sur les 18 km de linéaire entre les giratoires du Node Park à Cormery et celui de Renault à Loches, il n’y aura que 4 km qui seront aménagés en 2×2 voies, soit seulement 22%, et en 3 zones distinctes respectivement de 1,7 – 1.1 et 1.2 km.
• Ces zones dites de dépassement trop courtes peuvent s’avérer accidentogènes puisque se terminant sur un giratoire avec un pincement de 2 à 1 voie et où la vitesse des véhicules devra passer de 90, voire 110, à 30 sur l’entrée du giratoire. Pour effectuer des dépassements, certains automobilistes prendront des risques en outrepassant les limitations de vitesse.
• Ces zones seront trop courtes pour que des Pl puissent se dépasser sans risque et se rabattre sur une voie avant le giratoire.
• Les aménagements à 2×2 voies auront des conséquences négatives sur les terres agricoles de très bonne qualité qui une fois de trop seront irrémédiablement détruites.
• Le carrefour du PR19 sera aménagé, les voies débouchant sur la RD943 seront décalées l’une par rapport à l’autre ce qui créera une « baïonnette ». Pour assurer pleinement la sécurité, un giratoire serait de loin la bonne solution.
• La suppression de passages à niveau agricoles sans barrières sera de nature a améliorer la sécurité routière et ferroviaire et devrait permettre de remonter la vitesse des trains dans le secteur.
• Le dossier n’évoque pas les reports qui seront générés par le futur SERM (Service Express Régional Métropolitain). Est très sommairement évoquée la ligne de chemin de fer entre Loches & Tours qui a bénéficié récemment d’une rénovation entre Tours et Reignac et qui sera en fin d’année 2025 de nouveau en travaux entre Reignac & Loches. Le dossier évoque 3 aller-retour alors que depuis plus de 2 ans leur nombre est passé à 6. Il y aurait des possibilités de reports supplémentaires sur la ligne de TER si le tarif des trains (10 euros) n’était pas disproportionné par rapport à celui du car (3.3 euros).
• Il convient de rappeler que le rail est bien plus sûr que la route et que le transfert de la route vers le rail réduit les accidents et la pollution.
• Le dossier évoque une amélioration pour la liaison routière entre Châteauroux & Tours. Il omet de préciser que la bonne liaison qui n’apporte aucune gêne aux nombreux riverains (bruit, pollution, risques d’accidents, …) et qui se fait en toute sécurité, avec un temps de parcours identique, est entièrement autoroutière par A20 – Vierzon – A85.
Pour toutes ces raisons et surtout au regard du coût de l’opération, de l’ordre de 31.5 ME, il nous semble qu’une partie de cette opération est d’une époque révolue, celle du « tout voiture ». En cette période où faire des économies est un impératif absolu, nous proposons de ne réaliser que les opérations de sécurité : carrefours aménagés, suppression des accès des riverains, aménagement liés à la loi sur l’eau.
Ne pas réaliser les 3 trop courtes zones de dépassement permettrait des économies de l’ordre de 15 ME et également de moins neutraliser de manière irréversible des terres agricoles. Le gain de temps que procureraient les courts créneaux de dépassement sera minime d’autant qu’un nouveau giratoire sera créé.
La réduction du temps de parcours sera quasiment imperceptible pour les automobilistes respectueux des limitations de vitesse. Bien que ce soit à l’Etat de financer les infrastructures ferroviaires, nous suggérons de consacrer les 15 ME économisés à l’infrastructure ferroviaire, en participant par exemple à la remise en service d’une voie de croisement en gare de Cormery qui permettrait d’engager plus de trains au quotidien.
Le Département pourrait également insister auprès de la Région pour que les tarifs du train soient attractifs afin d’attirer de nouveaux voyageurs anciens automobilistes ce qui délesterait ainsi la RD943.
Durant les périodes de travaux et donc de bouchons, il conviendrait que la Région ne supprime pas de trains et applique un tarif attractif.
Enfin, il semble utile de rappeler que nos voisins Suisses ont, par une « votation » du 24 novembre 2024 rejeté par 52,7 % des voix la proposition d’extension de six tronçons du réseau autoroutier suisse, le projet n’a pas convaincu les électeurs. Les préoccupations environnementales et le scepticisme croissant à l’égard des grands projets d’infrastructure figurent parmi les principales raisons du « non ».
En résumé, l’ADTT est d’accord pour les aménagements améliorant la sécurité et protégeant l’environnement (loi sur l’eau), mais elle s’oppose aux élargissements à 2×2 voies, générateurs de trafic et de pollution supplémentaires, qui pourraient s’avérer très dangereux aux débouchés sur les giratoires. Elle rappelle que l’urgence climatique doit conduire a des déplacements plus vertueux que le « tout automobile ».
