Un projet de 8 km de voie verte, qui risque de rompre définitivement la continuité d’une ligne SNCF de 246 km
En Touraine, une section de ligne SNCF inexploitée de 8 km est convoitée par la Communauté de Communes Chinon Vienne et Loire, pour y réaliser une voie verte. Rien de bien exceptionnel, puisque les projets de ce type pululent dans toutes les régions de France. L’offre est tentante, en effet, de se voir prêter gracieusement, pour 20 ans ou plus, une emprise continue.
La section concernée fait partie de la ligne Tours-Les Sables d’Olonne qui dessert 3 régions. Aujourd’hui exploitée pour les voyageurs des Sables à Thouars via La Roche sur Yon, et de Chinon à Tours, elle était utilisée pour du frêt céréalier il y a quelques années seulement dans la partie située en Nouvelle Aquitaine. On touche là un sujet de friction nouveau mais croissant, où les frontières régionales subissent des ruptures de continuité, en raison de politiques ferroviaires non coordonnées entre autorités organisatrice que sont les Conseils Régionaux. Au prétexte qu’il n’y a plus de trafic voyageurs depuis une cinquantaine d’années, et malgré certaines intentions de remettre le frêt en service en N-A, aucune des deux Régions ne s’est encore intéressée à rétablir la liaison Chinon-Loudun-Thouars, longue de 47 km, dont seulement 9 kilomètres (de plaine) de l’infrastructure est à refaire entièrement, mais sur une emprise toujours disponible.
On est ici à la confluence de 4 Régions (Pays de Loire est à quelques kilomètres au nord) et il s’agirait de relier 4 départements. La connexion de Thouars et Loudun avec l’étoile de Tours-Saint-Pierre-des-Corps permettrait ainsi de rejoindre la LGV vers Paris, l’est, le nord, la Normandie avec une correspondance eu lieu de deux. Plus localement, ce serait l’oportunité de redynamiser les pays de Thouars et surtout Loudun et Chinon, des villes moyennes en perte continue d’attractivité.
De façon surprenante, le dossier de demande de fermeture pour une voie verte n’a pas véritablement pris en compte les communes ni les entreprises des territoires voisins, ni l’étude, réalisée 10 ans plus tôt par une association locale avec le soutien des trois ComCom de Thouars, Loudun et Chinon. On n’y évoque pas non plus l’ouverture d’un Center Parcs à proximité de Loudun, qui accueille de nombreux vacanciers qui viennent de loin, et qui organise même des navettes routières quotidiennes pour son personnel… jusqu’à Tours.

@Vincent Degeorge
L’ADTT (association pour le Développement de Transports Collectifs en Touraine), souhaitant préserver cette section dans le but d’y rétablir une continuité pour le trafic voyageurs, organisait début juillet une mobilisation à Chinon, intitulé « à la recherche de la ligne Chinon-Loudun-Thouars », lors duquel les participants, certains arrivant de Tours en TER avec leurs vélos, ont suivi une partie de l’emprise ferroviaire. Là, ils ont constaté l’état de délabrement de la voie, mais ont surtout découvert la facilité avec laquelle la voie verte pouvait être réalisée à proximité de l’emprise. Quant au pont ferroviaire Eiffel enjambant la Vienne, ils ont pu constater que ses piles, initialement prévues pour deux tabliers, n’en accueillent qu’un seul pour la voie ferrée, laissant plusieurs mètres côté sud disponibles pour une passerelle vélos.
Suite à la médiatisation de cette mobilisation dans la presse, le président de la Communauté de Communes y a déclaré que le tracé de la voie verte « n’est pas encore définitif ». L’espoir de sauver l’emprise est donc permis, mais il reste maintenant à plaider pour la réouverture de la section, ce qui ne sera pas le plus facile.
