
LE PROJET
La métropole tourangelle travaille sur un grand projet de refonte des circulations dans un vaste quartier situé entre l’autoroute, le Cher, les voies ferrées et le parc des expositions, entre les trois communes de Tours, St-Pierre-des-Corps et St-Avertin. Dans ce cadre est prévue la création d’un demi-échangeur sur l’autoroute A10, à hauteur du quartier Rochepinard et du magasin Ikéa, dont les motifs invoqués sont les suivants :
> créer des pôles d’échanges multimodaux aux différents échangeurs, pour des cars express qui, venant du péri-urbain, emprunteraient l’autoroute pour > > > rejoindre le coeur de la métropole.
> réduire l’autosolisme
> réduire le trafic entrant en centre-ville par l’échangeur de Tours-centre
> faciliter l’accès à la gare de St-Pierre-des-Corps par son entrée sud
Il n’est à ce jour plus question de supprimer l’échangeur de Tours-centre, ce qui nous avait été dit pour justifier le projet.
LA SITUATION ACTUELLE
L’infrastructure :
A10 / demi-échangeur de St Avertin : entrant → nord / sortant → sud
A10 / échangeur de Tours-centre
Avenue Jacques Duclos : 2 x 1 voie – emprise disponible pour 2 x 2 voies
Avenue Richard Wagner : 2 x 2 voies
Les pôles générateurs de trafic :
Gare de St-Pierre-des-Corps, Zone Industrielle, Centre Commercial des Atlantes, Magasin Ikéa, Parc des Expositions, Grand Hall, stades de football et club de tennis, lycée professionnel, collège.
Le trafic :
En 2022, à l’endroit prévu pour l’échangeur, on comptait de 76400 véhicules dans les 2 sens sur l’autoroute, donc environ 80 % de trafic local, et plus de 28000 sur la voie parallèle en franchissement du Cher. Le demi-échangeur gratuit de Saint-Avertin voit passer plus de 35000 véhicules. Ce sont donc au total plus de 100000 véhicules qui circulent chaque jour sur ces deux axes nord ↔ sud aux abords de ce quartier, auxquels il faut ajouter un trafic est ↔ ouest aussi très important, avec 20000 véhicules.
En détail, le trafic routier était ainsi quantifié (données : Syndicat des Mobilités de Touraine – 2022) :
Nord ↔ Sud :
A10 entre St-Avertin et Tours-centre : 76400 / jour (2 sens)* il est à 80 % local, dont environ 80 % d’autosolisme
A10 entre Chambray et St-Avertin : 40950 / jour (2 sens)*
A10 entre Tours-centre et Ste-Radegonde : 70900 / jour (2 sens)*
Pont Cher (Ikea ↔ St Avertin) : 28640 véhicules / jour (2 sens)*
Ave Georges Pompidou : 16930 véhicules / jour (2 sens)*
Est ↔ Ouest :
Ave Jacques Duclos : 18840 véhicuiles / jour (2 sens)*
Bd R.Wagner : 21700 véhicules / jour (2 sens)*
Route de Saint-Avertin (quartier des Fontaines) : 25160 (2 sens)*
Ces données de trafic ne tiennent pas compte de la suppression récente de l’accès au parvis nord de la gare de St-Pierre-des-Corps. On peut supposer que l’accès automobile étant privilégié au sud, le trafic a dû augmenter par endroits.
On constate que l’échangeur unidirectionnel de St-Avertin reçoit environ 29000 véhicules / jour sur l’autoroute, ce qui est énorme. On voit ici l’impact impressionnant d’un échangeur qui est en zone urbaine, proche du coeur de la métropole.

UN ECHANGEUR DE PLUS
Entre Sorigny et Monnaie, l’A10 compte à ce jour 8 échangeurs, et 2 échangeurs inter-autoroutiers (A85 et A28). Alors que les objectifs de décarbonation doivent viser à une réduction du trafic automobile, un nouvel échangeur autoroutier pose question. En effet, on ne sait que trop bien que toute nouvelle infrastructure routière génère plus de trafic. Si, en effet, l’échangeur de Tours centre n’est pas supprimé, on ne peut que prédire une augmentation du trafic en coeur de métropole.
L’argument d’une facilitation de la desserte de la gare de Saint-Pierre-des-Corps laisse notamment entendre qu’il faudrait la faciliter pour les automobilistes. Si, grâce à l’accès sud de la gare déjà en vigueur, la partie résidentielle de St Pierre des Corps est déchargée de nuisances, le fait d’améliorer la circulation venant de l’extérieur risque fort de détourner les usagers des modes plus vertueux, au premier rang desquels ceux des transports en commun. En outre, à l’échangeur, il faudra ajouter un pont routier enjambant une partie des voies ferrées pour accéder à l’îlot « Sernam », dont les coûts seraient déjà estimés à plusieurs dizaines de millions d’euros, soit l’équivalent de quelques kilomètres de ligne de tramway.D’autre part, le trafic sur l’avenue Jacques Duclos, déjà très important, sera sans doute sensiblement revu à la hausse pour les automobilistes et poids lourds souhaitant rejoindre l’autoroute. Force est de constater qu’à ce jour, aucun parc-relais n’est prévu à l’entrée Est de Saint-Pierre-des-Corps, pour alléger le trafic en coeur de métropole. De la même façon, le trafic sur le boulevard Richard Wagner sera lui aussi assurément et sensiblement augmenté.

UNE AUTOROUTE URBAINE GRATUITE
Point qui n’est jamais évoqué, le péage reste un tabou. Alors que de multiples métropoles étrangères instaurent des péages urbains, notre métropole est une des rares, en France, dont l’autoroute dessert le coeur de la métropole, et, facteur certainement aggravant, qui explique le taux très majoritaire d’usagers locaux, elle est dépourvue de péages entre Sainte Radegonde et Saint-Avertin. Certes, des tarifs de péages trop élevés pourraient détourner les automobilistes vers les boulevards urbains, mais un minimum à acquitter semblerait légitime, et pourrait contribuer à financer les transports publics et leurs infrastructures. Pour éviter les bouchons, des péages sans barrière, comme il en existe désormais, seraient par ailleurs tout adaptés.
LES TRANSPORTS EN COMMUN
Un ambitieux projet de SERM pour la Touraine a été élaboré en 2024 et 2025, et il est régulièrement cité en exemple par les experts et les élus de tous bords. Il vise à mettre toutes les chances du côté des transports en commun, en offrant notamment la possibilité aux automobilistes de laisser leur véhicule à l’extérieur de l’agglomération. Pourtant, quand bien même les cars ou bus pourraient emprunter l’autoroute, cet échangeur ne favoriserait pas plus les transports en commun que l’automobile. En effet, avec une telle infrastructure, on faciliterait toutes les circulations routières, sans discrimination, avec de nouveaux itinéraires possibles. A aucun moment ce nouvel échangeur ne donnerait un avantage aux modes de déplacements plus vertueux. Il serait préférable de le réserver exclusivement aux transports en commun, à l’image de l’échangeur qui est prévu à Monnaie. Pour les véhicules entrants part l’est, il est par ailleurs impératif et urgent d’ajouter au projet un parking-relais à l‘entrée de la Z.I, avec desserte d’un BHNS (bus à haut niveau de service), qui puisse transporter ses usagers à la gare de St-Pierre ou au coeur de la métropole, et réduire ainsi les flux entrants de ce côté de l’agglomération.
UN QUARTIER IMPACTE
Comment peut-on apaiser les circulations autour de ces pôles générateurs et à la croisée de ces axes structurants ? C’est bien une des difficiles tâches de ce projet d’envergure auquel doivent s’atteler nos élus et les agents de Tours Métropole. Ce nouvel échangeur, outre qu’il augmentera à coup sûr le nombre de voitures, il risque d’augmenter également le flux de poids-lourds dans ce quartier. Avouons-le, il est difficile d’imaginer, avec cette infrastructure, que l’on pourra demain traverser avec sérénité ce quartier à vélo ou à pied. Il est aujourd’hui nécessaire d’aborder ce sujet non par une aide à la circulation automobile, mais d’abord par une facilitation des déplacements par les modes les plus vertueux, afin de réduire la dépendance routière et ses impacts.
LA VITESSE
La vitesse est génératrice de pollution, source de bruit, et accidentogène. Aujourd’hui, on peut rouler à 90 km/h dans la traversée de Tours par l’A10, ainsi que sur le boulevard périphérique. Un passage à 70 km/h, voire à 50 km/h, sur ces deux axes, outre qu’il serait justifié par l’importance quasi continue du trafic, permettrait tout à la fois de réduire les nuisances, de fluidifier la circulation, et d’inciter les automobilistes au report modal, à l’image de ce qui a été mis en place sur le périphérique parisien, où la vitesse a même été abaissée à 50 km/h. Par endroit, cette fluidification permettrait de dédier une des trois voies aux transports en commun, au covoiturage et aux véhicules prioritaires.
NON A UN ECHANGEUR : FILTRONS LES MODES
On attend dans les mois à venir les résultats des études d’impact, et une concertation publique est prévue fin 2026. Alors que le quartier des Atlantes et ses abords sont fortement encombrés de circulation automobile, il nous semble qu’un tel échangeur ne ferait qu’aggraver la situation. Si Vinci Autoroute a provisionné, comme l’entreprise doit le faire, des sommes pour de futurs travaux, il serait préférable, dans un monde idéal, que cet argent soit fléché vers des objectifs de sobriété et de décarbonation, et non pas vers un nouvel avantage à la circulation automobile.
Vincent DEGEORGE
ADTT – Association pour le Développement des Transports collectifs en Touraine
Sources :
https://www.vinci-autoroutes.com/fr/actualites/environnement/touraine-mobilite-autoroute-bas-carbone/
https://www.tours-metropole.fr/projets-de-lautoroute-bas-carbone-en-touraine
